Avec la liste de Dieudonné aux européennes, l'anti-sionisme a fait beaucoup de bruit ces derniers temps. La controverse qui l'a accompagné tout au long de sa campagne n'a fait que brouiller les
pistes un peu plus chaque jour. Bien que Dieudonné soit soupçonné d'antisémitisme, l'anti-sionisme, lui, fait du chemin. Il y a peu, par exemple, je discutais sur un forum avec un anti-sioniste
de gauche, alors que ce mouvement a prit une ampleur politique à partir de l'extrême droite, Dieudonné lui-même ne s'en cache pas.
Pendant un certain temps, je ne savais pas vraiment quoi penser de l'anti-sionisme. Je partageai l'idée de base, à savoir s'élever contre la politique expansionniste d'Israël au détriment de la
Palestine, mais le coup du complot sioniste me paraissait assez surréaliste. De fait, les états, à travers le monde, soutiennent les pays avec lesquels ils ont des intérêts (économiques,
stratégiques, géopolitiques,...) et n'ont nul besoin d'un complot fomenté par un groupe de pression quelconque pour soutenir des politiques inhumaines.
La discussion avec cette personne anti-sioniste m'a permis de réfléchir plus profondément au problème et de vous proposer, maintenant, cet article. Que les gens qui vont le lire aient bien cette
affirmation en tête : Je ne suis ni sioniste, ni anti-sioniste. Je le répète, je ne soutiens rien de ce qu'à fait Israël pour s'approprier les territoires palestiniens et je participe à des
rassemblements pro-palestiniens. Pour autant je ne suis pas anti-sioniste car je considère qu'il n'y a pas de sionisme à combattre mais une politique d'expansion qui pourrait avoir lieu dans
n'importe quel autre état du monde. Et pour bien le comprendre, il faut remonter à la création d'Israël en 1948.
A l'époque, la Palestine était dirigée par la Grande Bretagne et accueillait déjà des juifs. Les sionistes revendiquaient clairement leur position de créer un état juif indépendant et l'ONU s'est
occupée de la question. Plusieurs pays étaient pour (la France par exemple), d'autres étaient contre. C'est dans ce dernier camp que se situaient les deux pays les plus influents : Les USA et la
Russie. C'est leur revirement soudain qui a permis la création d'Israël.
Dans le premier, le président Truman voyait les élections présidentielles approcher et cherchait un moyen de gagner des électeurs. L'arrivée massive de juifs européen consécutive à la fin de la
guerre donnait un poids électoral important à cette nouvelle communauté. Truman changea donc son fusil d'épaule et se proclama pour la création d'Israël. Il gagna les élections de justesse.
En Russie, le gouvernement de Staline n'est pas franchement mieux pourvu que les nazis sur la question juive. Même si le parti communiste accueille des juifs et que certains sont élevés dans la
hiérarchie, certaines prise de positions fleurent ouvertement l'antisémitisme. Mais Staline a d'autres préoccupations dans l'après guerre, à savoir, les USA principalement. Les prémices de la
guerre froide se font sentir au moment de partager l'Europe entre les libérateurs. La Russie a bien envie d'aller embêter la Grande Bretagne, amie inconditionnelles des USA, sur son propre
terrain. L'idée est de soutenir Israël pour mettre les anglais dehors. Voilà donc tout à coup que le parti communiste russe soutient fermement les camarades juifs de Palestine.
Avec le soutien de ces deux grands pays, Israël voit donc le jour. Les USA sont, depuis, restés un fervent soutien d'Israël tandis que la Russie, une fois l'état juif en place, s'est lancé dans
la campagne antisémite la plus violente qu'ait connu le régime de Staline.
Tout ça pour montrer que, à mon avis, l'anti-sionisme se trompe de voie. Les sionistes n'ont joué qu'un rôle de proposition dans la création d'Israël. Leur force de pression était infime,
finalement. Car si Truman avait trouvé une autre base électorale, il n'aurait pas intercédé en faveur d'Israël, quoi qu'en dise les sionistes. Et si Staline n'en avait pas eu besoin pour
déstabiliser la Grande Bretagne, il n'aurait pas soutenu la création de l'état juif, comme le prouve les discours antisémites qui suivirent.
Je pense donc que l'anti-sionisme se trompe en cherchant du côté d'une sorte d'organisation juive mondiale plus ou moins secrète plutôt que de chercher à comprendre le jeu des relations d'états
internationaux, plus classique mais aussi plus complexe. Israël est désormais un état comme un autre et doit être considéré de la même manière qu'un autre avec les jeux politiques, financiers et
stratégiques qui vont avec.
Si le sionisme en tant que groupe de pression existe vraiment, il n'a de pouvoir que parce qu'Israël représente un intérêt. Supprimer cet intérêt, même si le sionisme existe toujours, et les
autres pays retireront leur soutien. Supprimer le sionisme si tant est qu'il existe actuellement ne servirai à rien puisque l'intérêt des autres pays pour Israël serait toujours là.
Vous aurez donc compris ma position. Il n'y a pas de sionisme ou d'anti-sionisme, mais une politique d'état interagissant avec d'autres politiques d'états. Le problème de l'anti-sionisme c'est
que, bien qu'il s'en défende en général, il rapporte ces problèmes politiques à un niveau religieux que nous savons sensibles dans nos sociétés. Le terme de sionisme (et donc l'anti-sionisme
également) n'existe que par rapport à Israël et la religion juive. D'autres politiques d'extension ont eu lieu et ont toujours lieu aujourd'hui mais on ne parle pas de sionisme pour elles (ou
d'autres termes spécifiques d'ailleurs) parce qu'elles ne concernent pas une population juive.
On doit combattre l'extension d'Israël en tant qu'une politique étatique, pas en tant que sionisme si l'on ne veut pas que la religion y soit mêlée.
C'est justement cet amalgame, volontaire ou non, qui est à la base de la cacophonie médiatique à propos de l'anti-sionisme. Cacophonie également alimentée par le fait que le sionisme n'a pas
forcément la même définition pour tous ceux qui s'y oppose.
On a une version, par exemple, qui s'oriente vers le juste combat contre l'extension d'Israël et dont je vous ai expliqué en quoi parler de sionisme dans ce cas là était à mon sens une erreur. Il
y a l'autre version qui verrait plutôt une lutte contre une sorte de complot juif international pour que cette dite extension se déroule en paix avec l'approbation des autres pays. En ça je ne
crois pas du tout. Je le répète encore, pas besoin d'imaginer un complot alors que tout s'explique par le jeu classique des relations internationales. Cela se passerait n'importe où ailleurs on
ne parlerai pas d'un complot quelconque.
Parler de sionisme c'est s'attaquer au problème en considérant qu'Israël doit avoir un traitement spécial. Ce que je dis ici n'est rien d'autre que de considérer Israël comme n'importe quel autre
pays en guerre, dont certains sont aussi soutenus par les autres puissances internationales.
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