Tribune de monsieur Hortefeux dans Le Figaro, corrigé par mes soins :
" Depuis plus de vingt ans, prononcer le mot " immigration " était devenu en France une manifestation d'extrémisme, de xénophobie, voire de
racisme. "
Première fausse note dès la première phrase. Nombre de gens parlent d’immigration sans être traités de tous ces noms d’oiseaux. J’en parle régulièrement moi-même et j’entends
souvent des associations en discuter aussi. Comme RESF par exemple. Brice Hortefeux devrait surtout se demander pourquoi lui seul se sent ainsi agressé en parlant d’immigration.
" Pourtant, le problème n'était pas l'immigration mais plutôt l'absence d'une politique d'immigration. "
Je laisse la pertinence de cette phrase pour Nicolas Sarkozy qui n’a pourtant fait que cela durant les cinq dernières années, en dehors de son rapide passage à l’économie.
" Il fallait prendre au sérieux un enjeu fondamental pour notre destin collectif. Pourquoi un ministère ad hoc ? La création d'une entité unique par le
gouvernement de François Fillon est salutaire tant les différents volets de la politique de l'immigration étaient jusqu'ici éclatés en plusieurs ministères. Pour des raisons de simplification
administrative et d'efficacité politique, la constitution d'un ministère spécifique est une heureuse nouvelle. Quelle sera notre politique au sein de ce ministère ? Fermes et humains, nous
développerons les intérêts économiques de notre pays tout en préservant nos convictions humanitaires. Nous devrons atteindre quatre objectifs : maîtriser les flux migratoires, favoriser
l'intégration, promouvoir l'identité française et encourager le codéveloppement. "
Lisez bien les quatre objectifs et, tout au long de cette tribune, demandez-vous à quel moment monsieur Hortefeux donne une véritable raison de les mettre en application.
" 1. En matière de flux migratoires, la lutte contre l'immigration illégale restera une priorité absolue. Grâce à la politique pragmatique
menée par le gouvernement précédent, sous la conduite du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, les reconduites effectives à la frontière ont augmenté de 140 % entre 2002 et
2006"
Sauf qu’expulser de nombreuses personnes qui travaillaient et qui étaient intégrées dans la communauté n’est pas à proprement parlé de " l’immigration illégale ". Et
évidemment, les étrangers qui ont fait la démarche de s’inscrire pour demander leur régularisation n’ont pas non plus été épargnés. On attends toujours de connaître la véritable part des immigrés
illégaux dans le lot des expulsés.
" Nous resterons très fermes : pour 2007, l'objectif est de 25 000 éloignements. Les étrangers " sans papiers " n'ont pas vocation à rester en France, mais
à être raccompagnés dans leur pays d'origine, de manière volontaire ou contrainte. "
Nous n’allons pas revenir sur la vocation des personnes qui se sont pourtant inscrites dans une démarche officielle. Intéressons-nous au chiffre des expulsions, lâchement
réinterprétées ici en " éloignement " pour faire croire que ce sera plus humain. 25 000 expulsions sont donc prévues. Evidemment, rien n’est dit sur ce qui se passera si le gouvernement
ne trouve pas 25 000 personnes à expulser ? C’est assez facile à deviner, les étrangers qui souhaitent être réguliers vont donc à nouveau être en premières lignes. A vous dégoutter de la
légalisation de votre statut.
" Je sais que les étrangers devant être raccompagnés dans leur pays d'origine ont parfois des enfants scolarisés. Ma position est claire : s'il est normal
que les enfants présents sur le territoire soient scolarisés, cela ne signifie pas que les parents doivent automatiquement bénéficier de papiers. Le droit à l'instruction d'un enfant peut aussi
être satisfait dans son pays d'origine ; il n'a jamais entraîné le droit de séjour du parent. Prétendre le contraire reviendrait à créer une nouvelle filière d'immigration. "
Mensonge éhonté. Depuis combien de temps maintenant savons-nous que l’accès à l’école est un droit que tous les enfants ne peuvent pas appliquer ? Et cela ne compte pas
seulement pour ceux qui n’ont pas d’école mais aussi pour ceux qui seront récupérés à travers des enseignements religieux extrémistes ou tout autre enseignement d’organismes peu recommandables.
Tous les enfants expulsés n’auront pas droit à l’instruction. Et personne ne peut dire qu’il ne le sait pas.
" Dans le même temps, le droit d'asile politique, qui consiste à offrir une protection à des personnes étrangères persécutées, restera pour notre pays une
exigence morale. En 2005, la France a accordé à 14 000 personnes le statut de réfugié. Pour améliorer le processus, nous raccourcirons les délais d'instruction qui, déjà passés de deux ans à
douze mois, devraient pouvoir ne plus dépasser les six mois. Maîtriser l'immigration n'implique pas seulement la réguler, cela signifie aussi la choisir. Aujourd'hui, en France, seulement 7 % des
titres de séjour accordés le sont pour des raisons professionnelles. À nous de mieux sélectionner les migrants et d'encourager l'immigration pour raisons professionnelles. "
L’ambiguïté de ce paragraphe est assez étrange. Pas la peine de revenir sur la question de l’amélioration du processus d’asile politique qui est une bonne chose. Par contre, lui
accoler immédiatement le cas de l’immigration choisie pour cause professionnelle est pour le moins assez cavalier. Ne prêtons pas de mauvaises intentions à l’ordre de formulation de ces idées,
qui est néanmoins peu habile.
" Pour cela, nous devons prendre en compte nos besoins économiques et démographiques qui évoluent. Ces derniers sont
moins élevés que ceux de nos voisins. La France a un taux de fécondité de près de 2 enfants par femme en âge de procréer, ce qui assure le renouvellement des générations, alors qu'en Espagne, en
Italie et en Allemagne, ce taux oscille entre 1,3 et 1,35, provoquant une diminution de la population active..
En revanche, en France, plusieurs secteurs d'activité, tels que le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, le travail saisonnier agricole, les services à la
personne mais aussi l'activité scientifique, ont besoin d'une main d'oeuvre et de talents d'origine étrangère. Sans pratiquer un pillage des cerveaux, nous devons en favoriser la circulation.
Nous le savons : l'immigration zéro n'est ni possible ni souhaitable "
Il m’est difficile, personnellement, de considérer des hommes d’une manière aussi utilitariste, même devant des besoins en main d’œuvres. L’incitation à venir travailler en France
dans le cadre de métiers bien définis n’est pas une raison pour rebuter obligatoirement ceux qui n’entrent pas dans ces critères. Le fait d’accoler ces deux notions qui n’ont finalement rien à
voir est une tentative vaine de faire croire que la France se veut toujours une terre d’accueil.
" Si le respect de la vie de famille reste l'une de nos valeurs fondamentales, la part prépondérante de l'immigration familiale dans notre pays n'est pas
satisfaisante. "
Après avoir psalmodié contre le regroupement familial, la couleuvre est difficile à avaler. D’autant plus que certains cas de personnes expulsables concerne des parents qui ne
peuvent partir avec leurs enfants. Le cas d’une mère congolaise a été cité il y a peu, ses enfants restants avec son mari. Mais elle, devait partir.
" Afin de faire venir sa famille, l'étranger doit prouver qu'il peut la faire vivre des revenus de son travail, qu'il dispose d'un logement décent et qu'il
respecte les principes républicains. Nous mettrons en oeuvre cette réforme sur le terrain. Et, conformément aux engagements du président de la République, nous réfléchissons à l'idée qu'un
candidat au regroupement familial soit désormais soumis à un test de maîtrise minimale de notre langue et de connaissance de notre culture. L'intégration doit se préparer dès le pays
d'origine. "
Autre manière de refuser " poliment " les immigrés, leur faire croire, ainsi qu’aux français, qu’ils ont une chance de gagner leur titre de séjour. Or, ces immigrés
doivent donc connaître le français et la culture française avant de partir. Mais qui va obliger les " pays d’origine " à organiser ces formations qui devraient durer dans les deux mois
(sources : Le figaro et le nouvel observateur) ? Ensuite, le parcours du combattant ne fait que commencer. Trouver un travail avec un salaire permettant un accès à un logement décent et
de subvenir aux besoins de sa famille est loin d’être évident pour un immigré dans la société française qu’il doit respecter. La discrimination à l’embauche et à l’accès au logement est prouvée
depuis longtemps. Si l’état ne fait rien pour aider ces personnes, les immigrés devront donc vivre sans leur famille. Mais justement, voyons ce que propose le deuxième objectif.
" 2. Favoriser l'intégration est, en effet, le second enjeu de ce ministère. Depuis 2006, un étranger admis pour la
première fois au séjour en France et qui souhaite s'y établir doit obligatoirement signer un " contrat d'accueil et d'intégration " lui permettant de recevoir une formation civique, linguistique
et pratique sur la vie en France. Ce contrat constitue la première étape d'un parcours d'intégration qui impose notamment de respecter les principes républicains et de maîtriser la langue
française pour bénéficier d'une carte de résident de dix ans. Les valeurs républicaines doivent être respectées de tous ceux qui souhaitent s'installer durablement dans notre pays. L'étranger
n'est pas le seul à avoir des devoirs, l'État en a aussi envers lui. L'accès au logement, à l'éducation, à la formation et au travail doit être facilité pour permettre à celui qui souhaite
s'intégrer de pouvoir le faire. Nous allons, par exemple, revisiter la politique de la ville parce que la ségrégation urbaine constitue l'un des obstacles majeurs à l'intégration.
"
La formation sera donc administrée en France, probablement pour ceux qui ne l’auront pas reçu dans leur pays d’origine. Mais si les contraintes pour accéder à un titre de séjour
sont claires, il n’en est pas de même pour les aides que l’état accordera aux immigrés et qui, à ce jour, ne sont toujours pas connues (contrairement aux contraintes justement). Ces
" aides " se basent sur des principes que l’on ne peut qu’accepter mais manque totalement de méthodes concrètes. Je ne dis pas qu’elles ne seront pas appliquées mais que la volonté de
les mettre en œuvre est bien moins urgente pour monsieur Hortefeux que de définir ses critères de sélection.
" 3. Promouvoir notre identité. L'identité française est à la fois l'héritage de notre histoire et l'avenir de notre communauté
nationale. La Constitution de la Ve République, à son article premier, affirme que " la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi
de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. " Cette notion, en devenir permanent, contribue à assurer notre équilibre national. Notre identité est une réponse à la
fois à la mondialisation et aux communautarismes"
Je ne reviendrai pas ici sur la question de la multiplicité que peut prendre l’identité nationale pour chacun de nous. Je l’ai fait dans un précédent article. Cela dit il me semble important de préciser que les " valeurs " inscrites
dans la Constitution sont, justement, interprétables. La façon de voir la laïcité par exemple a déjà suscité bien des polémiques.
" Lier immigration, intégration et identité n'a rien de honteux. Cacher notre identité à ceux qui souhaitent
s'installer en France reviendrait à renier les valeurs qui ont forgé notre histoire et à accepter l'idée que l'immigration ne soit dictée que par des considérations matérielles. La promotion de
notre identité ne révèle strictement aucune hostilité à l'égard des immigrés. Elle n'entame en rien la diversité, elle donne aux étrangers un guide de valeurs républicaines à respecter.
L'identité nationale n'est pas un concept, c'est une boussole pour les Français et pour toutes celles et ceux qui aspirent à le devenir..
Cette identité passe avant tout par la langue qui doit être promue notamment grâce au réseau des alliances françaises déjà présent dans 133 pays mais qui sera
considérablement développé et dynamisé"
De fait, comme dit précédemment, il est impossible de considérer que l’identité française est vécue de la même manière par tout le monde. L’identité que les immigrés auront à
respecter se fondera donc, non pas sur des valeurs, mais sur une interprétation idéologique de ses valeurs. Et quand bien même on prendrait ces valeurs au premier degré, on ne conseille
apparemment jamais trop de commencer par balayer devant sa porte. Personne ne se demande apparemment combien de " français " sont loin d’entrer dans la définition et donc le respect de
cette identité nationale.
" 4. Le codéveloppement. sans lequel une politique migratoire moderne ne se conçoit
pas. L'enjeu du codéveloppement est de donner aux États du Sud et à leurs ressortissants les moyens d'avoir confiance en eux-mêmes et de construire un avenir en dehors de l'émigration
Nous devons faire en sorte que les transferts de fonds des migrants en France vers leur pays d'origine, dont 80 % sont aujourd'hui consacrés à la consommation
courante, soient davantage utilisés à des fins d'investissement productif. Nous allons, par exemple, mettre en oeuvre le " compte épargne codéveloppement " qui est destiné à mobiliser l'épargne
des migrants présents en France vers des projets d'investissement économique dans leur pays d'origine.
L'aide au retour volontaire doit être proposée à tous les étrangers en situation irrégulière ayant été invités à quitter le territoire. L'aide aux migrants
porteurs d'un projet de réinsertion économique dans leur pays d'origine sera favorisée et les actions de coopération conduites par les bénéficiaires de la carte " compétences et talents " seront
encouragées.
Surtout, le dialogue avec les pays d'origine sera renforcé afin de généraliser les accords de gestion concertée des flux migratoires, à l'image de celui que
Nicolas Sarkozy avait signé au nom de la France avec le Sénégal, à l'automne dernier."
Monsieur Hortefeux sort de son chapeau cette idée de codéveloppement comme s’il venait de l’avoir. Sauf que cela fait des années que des associations se battent pour ce genre
d’idées et ne sont pas aidées, quant elles ne sont pas presque combattues comme c’est le cas du commerce équitable, accusé de rendre les personnes impliquées encore plus pauvres, ce qui est faux,
de nombreux documents le prouve. S’appuyer sur ces initiatives ? Hors de question. Le gouvernement doit prouver qu’il sort les idées de lui-même (ce qui est donc déjà raté) et impose donc
les méthodes aux immigrés à travers leur épargne. Cela vaut-il de parler d’annulation des dettes, pourtant l’une des premières causes de pauvreté de ces pays ? Le codéveloppement restera
apparemment unilatéral.
" Pour les Français et pour ceux qui aspirent à rejoindre notre communauté nationale, la création d'un ministère
compétent pour l'immigration, l'intégration, l'identité nationale et le codéveloppement est une chance. Ce n'est pas un hasard si 72 % des Français interrogés ont très récemment approuvé sa
création : notre pays comprend que la maîtrise et le choix de nos flux migratoires n'empêchent en rien la promotion d'une France généreuse, diverse et ouverte sur le
monde..
Ce ministère, par l'audace de sa création et le courage de son action, a une ambition : permettre à notre communauté nationale de mieux vivre
ensemble"
La France telle qu’elle a été décrite tout au long de cette tribune n’est pas généreuse puisque la notion de codéveloppement attend une sorte de retour sur investissement. On est
quand même loin de l’altruisme. La diversité est tout de même compromise avec un nombre de cotas grandissant à respecter. Quant à être ouverte, la sélection appliquée risque fort de démentir ce
dernier principe.
On me demandera alors quelles solutions apporter si celles-ci ne conviennent pas ? Mais le problème de l’immigration vient probablement du fait qu’on ne se pose même plus la
question de savoir s’il existe un véritable besoin de solutions.
Si vous m’avez écouté, vous avez cherché les raisons qui justifie ce ministère et de ses idées. Qu’en est-il ? Monsieur Hortefeux présente le ministère comme une
simplification de la lutte contre l’immigration. Mais pourquoi doit-on lutter contre l’immigration ? Il ne le dit pas. Les français ont approuvé la création de ce ministère, mais pour
quelles raisons ? Là non plus le ministre ne s’étend pas. Ce ministère a des ambitions, des objectifs, même des principes. Mais pas de raisons. Ou alors inavouables.
Comprenez-moi bien, je ne dis pas que l’immigration ne crée pas certains problèmes. Je dis que ce ministère, comme l’action de Sarkozy à l’intérieur sous les gouvernements Raffarin
et De Villepin, se base sur de faux problèmes. A quoi cela sert-il d’expulser des familles intégrées, des travailleurs honnêtes ou simplement des personnes démunies mais respectueuses des règles
qui, bien souvent, veulent être régularisées ? Ces personnes ne font pas toute la part des immigrés mais ils font parti du lot et apparemment en majorité.
Relisez la tribune de monsieur Hortefeux et dîtes-moi où se trouve les propositions pour lutter contre le crime organisé bénéficiant des mouvements migratoires. Dîtes-moi quelles
actions apparaissent pour lutter contre l’esclavage moderne dont les immigrés défavorisés sont les premières victimes ? Quelles lois vont être votées pour contrer les réseaux de prostitution
d’étrangères souvent mineures ? Ou carrément contre les réseaux pédophiles ?
Où se trouvent ces projets dans le ministère de l’identité nationale ? Et même au ministère de l’intérieur ? L’un comme l’autre préfère arrêter les gens qui n’ont rien ou
peu à se reprocher ou ceux qui viennent se jeter dans leurs bras en demandant honnêtement leur régularisation. C’est plus facile et les chiffres sont meilleurs.
Mais au final, demandez-vous ce qui pose les vrais problèmes. A-t-on vraiment besoin de craindre pour notre identité nationale ?
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