Depuis quelques temps, les lois sécuritaires se multiplient ainsi que les moyens de contrôle des populations qui les acceptent sous couvert d'une lutte contre l'insécurité pour le moins
controversée.
La question de l'équilibre fragile entre la Liberté des citoyens et leur sécurité n'est pas neuve. La Fontaine se la posait déjà à travers cette réflexion : « L'adversaire d'une vraie
liberté est un désir excessif de sécurité. »
Dans notre société mondialisée, soumise à la globalisation, cette question est de plus en plus actuelle.
Avant toute chose, il convient de définir ce que l'on entend par Liberté et sécurité. Il serait facile de croire que la Liberté revient à la possibilité de faire « ce que l'on veut ».
Si elle se base sur cette idée, la Liberté effective que nous connaissons aujourd'hui se base également sur une seconde notion importante : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l'on te
fasse. La Liberté, est donc limitée par rapport à son principe de base.
Par Liberté, au sens général, j'entends donc les libertés individuelles et fondamentales telles qu'elles sont définies par la déclaration universelle des droits de l'Homme. Communément, on peut
parler des cas les plus généraux, comme la liberté d'expression, la liberté de pensée, la liberté de réunion, les libertés publiques ... inutile de tous les citer. La Liberté
« sociétale » est donc un ensemble de droits fondamentaux et universels qui doivent être respectés par et pour tous. Afin de s'assurer ce respect, la société fait appel aux lois.
Passons maintenant au deuxième volet de la question, la sécurité. Commençons par faire appel à la définition du dictionnaire en ligne Lexilogos :
Sécurité
État d'esprit confiant et tranquille qui résulte du sentiment, bien ou mal fondé, que l'on est à l'abri de tout danger.
Les notions d'état d'esprit et de sentiment sont très importantes et méritent d'être soulignées. La sécurité est avant tout un ressenti. De même que l'insécurité
Insécurité
Manque de sécurité; inquiétude provoquée par l'éventualité d'un danger.
Comment quantifie-t-on la sécurité ? On répond à cette question, aujourd'hui, par les chiffres de la délinquance. Mais est-ce vraiment la sécurité ? On serait plutôt dans l'Ordre. La sécurité
elle recouvre également la sécurité affective, morale, sociale, économique, et d'autres.
Tel que nous allons en discuter ici, la sécurité est un tout. Puisqu'il s'agit d'un sentiment, l'état d'esprit « tranquille » d'une personne ne saurait se résumer seulement à sa
probabilité d'être volé ou agressé. Un ressenti dépend aussi de la sensibilité d'une personne, donc les autres types de sécurité jouent sur sa perception de l'insécurité, dont les délits et
crimes ne sont également qu'une partie.
L'insécurité, aujourd'hui, selon les médias et les politiques, se résumeraient seulement aux faits criminels et de délinquances. Or il n'en est rien. Le ressenti final de ces faits dépend de la
perception que l'on peut en avoir. Une personne en détresse affective, morale et/ou économique les ressentira-t-elle de manière plus ou moins importante qu'une personne ayant la sécurité en ces
domaines ? Tout dépend également de la personnalité de l'individu.
Et de la façon dont on lui présente les choses. Car l'insécurité, en tant que sentiment, ne tient pas compte de la réalité mais du ressenti que l'on a de sa présentation.
Par exemple, dans le film Bowling for Columbine de Michael Moore, on aime ou on aime pas mais la démonstration qui suit est exemplaire, il interroge un auteur qui explique que les médias
façonnent la peur (et donc l'insécurité) chez les étasuniens. Statistiques à l'appui : Malgré le fait que les agressions à mains armées aient baissé de 20 % (je cite de tête mais c'est
approximativement ça) les sujets à la télé qui parlent des ces agressions ont augmenté de 600%.
Moi, je travaille dans un quartier difficile et reconnu en tant que tel. Quand j'entends les personnes extérieures qui en parlent, j'ai l'impression que c'est Sarajevo. Pourtant moi je m'y
déplace souvent, à pieds, et en deux ans il ne m'est jamais rien arrivé, même en passant juste à côté d'une bande de jeunes qui n'apprécient pas l'association pour laquelle je travaille et qui ne
sont pas connus pour leur politesse et leur douceur.
Et des exemples comme ça, je ne suis pas le seul à en vivre quotidiennement. La base de l'insécurité et donc de la politique sécuritaire qui en découle est déjà largement biaisée. Je ne veux pas
dire que les problèmes n'existent pas, mais qu'ils sont largement surestimés ou tronqués. Quant aux vrais problèmes, économiques et sociaux, ceux-là sont ignorés... jusqu'à ce que ça pète.
Le problème n'est donc pas tant la sécurité en tant que tel que le sécuritaire, qui se développe sur des bases fausses ou au moins biaisée.
Là, il faut s'arrêter sur le terme « sécuritaire ». Il s'agit ici, d'une idéologie voulant combattre l'insécurité par l'augmentation de lois et de moyens répressifs. Il aurait pu s'agir
tout simplement de la volonté d'améliorer la sécurité mais, comme nous l'avons vu, celle-ci est composée de plusieurs besoins que l'outil répressif ne saurait combler. Ici nous parlerons donc
bien du sécuritaire en tant qu'un ensemble d'outils répressifs et leur volonté de mise en place, ayant pour raison d'existence d'améliorer la sécurité.
Car l'un des problèmes du sécuritaire est de ne pas être souvent en accord avec sa raison d'être, comme l'on prouvait de nombreuses dérives en France et dans d'autres pays. C'est un peu comme
prétendre que ficher des homosexuels aidera à la prévention de la délinquance.
L'insécurité est donc au moins double. L'insécurité telle qu'on l'entend actuellement est évidemment lié aux crimes et délits qui sont commis, et surtout à la façon dont ils sont présentés.
L'autre insécurité provient de ce qui est censé combattre la première, le sécuritaire, car la répression provoque un sentiment de peur de par les contraintes qu'elle impose et ses possibles
dérives. Ce sont deux types d'insécurités qui agissent de manière différentes et qui sont ressenties de manières différentes, mais dont on ne peut nier l'existence.
La mise en place d'une politique sécuritaire est un choix. Ce n'est ni le seul, ni le plus efficace (personnellement je doute qu'il est la moindre efficacité d'ailleurs) mais c'est celui qui a
été retenu, sur une mauvaise base de réflexion, comme je l'ai dit précédemment. La délinquance doit engendrer une réponse de la société mais personne ne se demande si la répression est
appropriée. Le calcul « plus de police » = « plus de sécurité » est accepté comme vrai par un grand ensemble de personnes alors qu'il n'en est rien, auquel cas nous serions
déjà dans une société sans insécurité.
Donc le problème c'est que le fait de mettre en place un arsenal sécuritaire est un choix mal réfléchit, mais surtout que l'insécurité qu'il engendre de par son existence est subit par tous, même
par ceux qui n'ont rien fait et ne feront jamais rien. Le tout en coûtant cher (il faut bien le dire aussi) et en se révélant inefficace. C'est une solution politique des dirigeants (de droite ou
de gauche) pour faire croire qu'ils essaient tout pour réduire la délinquance, alors qu'en réalité leur réponse est toujours la même et qu'elle n'a jamais porté ses fruits.
Le sécuritaire n'affecte pas la sécurité ou l'insécurité. Il montre même qu'un problème existe quelque part. Le sécuritaire dévoile une insécurité que l'on ne voyait pas forcément, ou en crée
carrément une (prenons le cas de l'immigration, par exemple). Donc, paradoxalement, le sécuritaire créé de l'insécurité qui ne relève pas seulement de sa nuisance à l'ensemble des citoyens ou à
ses dérives.
Le danger est que sous couvert d'une sécurité qui n'est toujours pas plus importante malgré les lois et les moyens mis en place, les dérives sécuritaires s'installent avec l'approbation des
citoyens qui les subissent convaincus que c'est pour leur bien, ce qui est faux puisqu'on ne bénéficie d'aucune sécurité réelle supplémentaire, et encore moins en terme de ressenti.
On dira que pour quelqu'un qui n'a rien à se reprocher, cela ne change rien. C'est faux. Être de plus en plus contrôlé et fliqué c'est également ne plus avoir droit à la moindre erreur avant
d'être considéré comme un vrai criminel. Personne, pas même ceux qui y croient dur comme fer, ne peut vraiment respecter toutes les lois, surtout lorsqu'elles se multiplient.
On connaît tous des personnes qui n'aiment pas la police, malgré le fait qu'ils pensent qu'il faudrait effectivement « karcheriser » les banlieues. L'insécurité provoquée par le
sécuritaire, ils la ressente aussi, même si c'est de manière différente.
Ce qui est sûr, c'est que l'augmentation de la répression n'est pas une solution. Les chiffres le prouvent d'ailleurs, si les vols et atteintes aux biens diminuent (baisse au niveau européen,
grâce aux protections apportées par les fabricants et non pas grâce aux politiques mises en place), les agressions sont constamment en augmentation.
« Les atteintes volontaires gratuites aux personnes ont continué de croître (+4,19%) entre août 2007 et juillet 2008, tandis que la délinquance générale diminuait de 3,08%, selon les
chiffres de l'Observatoire national de la délinquance (OND) publiés mardi 19 août. Comme au cours des mois précédents, la baisse globale de la délinquance enregistrée sur une année glissante est
principalement due à celle des atteintes aux biens qui représentent près de 64% des faits constatés. » (nouvelobs.com)
La société en générale, quelque soit la politique qui gouverne, s'appuie trop sur la peur du gendarme pour « résoudre » les problèmes. Or ça ne résout rien, à peine les camoufle-t-elle.
Comme le disais Freud, guérir les symptômes ne guérit pas la maladie mais c'est comme ça que cela se passe aujourd'hui. Et tant que les vrais problèmes de fond ne sont pas traités, les problèmes
disons « visibles » resteront et reviendront sans cesse. Toute l'énergie et les moyens dépensés dans la répression sont donc inefficaces.
Ainsi, le sécuritaire, ce n'est rien d'autre que Sisyphe poussant son rocher, à ceci près que le sécuritaire s'abat également sans raison sur des citoyens, réduisant inutilement la liberté de
tous.
A force d'ignorer les endroits à problèmes, on les a refermés sur eux mêmes. Les normes ont changé, ce ne sont plus les mêmes que celles de la société en générale (ou celles que l'on croit être
de la société en général, ce qui est plus juste). Or on ne change pas des normes par la force, à moins d'être conquistador espagnol ou militaire américain avec les conséquences que l'on sait.
Evidemment, on me demandera de trouver des solutions plutôt que de critiquer. Mais je suis le premier à dire que je n'ai pas de solutions miracles. Car les solutions miracles n'existent pas, pour
résoudre les problèmes de la société en général et celui hautement sensible de l'insécurité en particulier. C'est un travail de longue haleine qui demande beaucoup de réflexions.
Si je devais balancer quelques idées comme ça vite fait, on pourrait parler du retour de la police de proximité (dans sa fonction de dialogue évidemment), de l'incitation aux entreprises de
s'installer près des zones sensibles et d'embaucher des gens de ces mêmes zones, de repenser le cadre bâti, voir carrément de reloger des gens pour limiter la population, le surnombre jouant
beaucoup dans les cause et la gravité des conflits, ...
Après, évidemment, il faut s'appuyer sur les acteurs de ces quartiers (centres sociaux ou médico-psychologique, éducateurs, associations diverses) en amont pour comprendre les spécificités des
zones concernées et dans l'application. Bref, ce sera long et je n'ai pas toutes les solutions mais elles peuvent se trouver.
Réactions