Texte Libre



Alexis De Tocqueville considérait que le plus grand danger de la démocratie était que les citoyens ne participent plus à la vie de la société.
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Laïcité / croyances

Mardi 11 avril 2006
Vous vous souvenez sûrement de l’affaire des caricatures de Mahomet. Et bien sachez qu’en France, elle n’est pas encore finie. En effet, M. Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy en Seine-Saint-Denis, a fait une proposition de loi pour sanctionner les dessinateurs qui offenseraient une religion. Voici la loi en question sur le site de l’assemblée nationale.

Raoult cherche à faire plaisir à l’électorat. Mais il oublie quelques détails.

D’abord, qu’est-ce qu’une caricature ? Ce n’est pas définit dans la loi. Du coup, quels sont les dessinateurs qui vont tomber sous le coup de cette loi ? D’autant plus que si l’auteur caricature par des symboles, la question s’étend pratiquement à toute forme de dessin.

Ensuite, et c’est à mon sens le plus grave, Raoult admet avoir écouté la demande de l’Union des Associations Musulmanes. Depuis quand un groupe religieux (musulman ou autre, ce n’est pas la question) est-il le seul interlocuteur dans une proposition de loi ? L’état et la religion ne sont-ils pas censés être séparés ? Bien sûr, le lobbying religieux a toujours existé, mais cette séparation si fragile soit elle a le mérite d’exister et chaque citoyen soucieux de la paix sociale se doit de la défendre. Une violation aussi flagrante que celle de Raoult ne peut rester sans réactions.

Et quels autres interlocuteurs le député a-t-il rencontré ? Visiblement aucun. Pas même les directeurs de la presse qui publient quotidiennement des dessins et caricatures d’actualité et qui sont pourtant les premiers intéressés. Les voici donc sur le banc des accusés sans même en avoir été avertit. Certains ont dores et déjà réagis mais seront-ils écoutés ? C’est une question que l’on se pose de plus en plus souvent en ce moment. Si vous voulez voir un résumés des articles parus à ce sujet, allez voir le site athéisme.free.fr.

Admettons que toutes les caricatures de Mahomet n’aient pas été de très bon goût. Jugez-en sur le site du nouvel observateur. Certaines caricatures font un amalgame évident entre les fanatiques terroristes et les musulmans dits modérés respectueux des autres valeurs religieuses et sociales. Ces derniers ont certainement appréciés d’être montré du doigt pour quelque chose qu’ils n’ont ni commis ni approuvé. Si le journal danois Jyllands-posten, qui les a publié en premier, a un goût douteux de la nuance, il a néanmoins montré (assez involontairement) jusqu’où peut aller la violence vis à vis de la représentation du prophète de l’islam. Du coup il a plutôt soulevé la question à laquelle il tentait de répondre et ce sont d’autres journaux qui ont ensuite défendu la liberté de la presse.

Certains musulmans pensent que l’islam ne pourra pas toujours contrer les représentations du prophète, ce qui n’est d’ailleurs pas arrivé dans cette affaire. Ils pensent que les musulmans doivent se poser cette question et accepter l’idée que l’ont puisse caricaturer ou simplement dessiner Mahomet. C’est contre cet esprit d’ouverture et le débat qu’il aurait pu engendrer que Eric Raoult propose aujourd’hui sa loi. En gros, on interdit et on en parle plus, ça va bien se calmer. On ne résout pas le problème, on le cache. Et en portant atteinte à la liberté d’expression du même coup.

Et maintenant ? Lorsqu’une communauté se sentira attaquée, sera-t-elle toujours aussi bien « défendu » ? Les lobbyistes du moindre groupe religieux ou ethnique fera-t-il les lois à la place des députés ? Nous ne pouvons accepter que de telles propositions soient amenées au parlement sans que, au moins, il n’y est le moindre débat d’ouvert.


Par Darklord
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Samedi 10 juin 2006
    La démocratie ne se joue pas uniquement en termes politiques. Elle est universelle et s’applique à tous les domaines qui composent la société. Par exemple, pour cet article, prenons le cas de la science. Je ne reviendrai pas sur le cas des OGM déjà longuement expliqué. Imposer des produits que personne ne veut n’est pas forcément ce qui nous attends de pire. Aujourd’hui, la science doit également faire face à l’une de ses plus vieilles opposantes : la religion.

    Le débat n’a jamais vraiment cessé mais l’apparition (ou plutôt la réapparition comme vous allez le voir) d’un certain groupe appelé « créationniste » commence à faire craindre le pire à une partie des scientifiques.

    Prenons un peu de recul historique pour bien comprendre. Au 19e siècle, Charles Darwin émet une théorie sur l’évolution des espèces qui révolutionne le milieu scientifique. « La théorie de Darwin sur l’évolution par la sélection naturelle se fonde sur la compétition entre les jeunes de chaque espèce pour leur survie. Les survivants, qui donneront naissance à la génération suivante, possèdent les caractéristiques naturelles qui leur ont permis de survivre. Ces caractéristiques sont transmises à leur descendance, faisant de la nouvelle génération une génération mieux adaptée. » (infoscience.fr). Darwin passera le reste de sa vie à développer sa théorie.

    Evidemment, comme toute théorie scientifique, celle de Darwin sera remise en cause. Et il aura du mal à se défendre, n’ayant pas les moyens d’apporter suffisamment de preuves. La génétique moderne et les lois de Gregor Mendel lui donneront raison bien plus tard. Mais plus que le milieu scientifique, c’est l’église qui va s’attaquer à lui le plus durement. La théorie de Darwin remet en cause les écrits de la bible et le postulat que toutes les espèces sont fixent. Dès le début, l’église s’est élevée contre l’évolutionnisme, s’accommodant parfaitement qu’à l’époque, la théorie ressemblait plutôt à une supposition.

    Les créationnistes n’ont pas attendu très longtemps avant de se manifester. Groupe descendant de l’église, il s’est spécifiquement constitué pour lutter contre les théories évolutionnistes qui font néanmoins fureur dans le milieu scientifique. Les créationnistes exigent, dans leurs débuts, que les théories darwiniennes ne soient tout simplement pas enseignées.

Cela amène le fameux « procès du singe » en 1925 à Dayton (USA). Un jeune enseignant, Thomas Scopes, s’est porté volontaire pour enfreindre la loi alors en vigueur qui interdisait l’enseignement de l’évolutionnisme, amenant à un procès espéré par les évolutionnistes pour que cette loi soit déclarée anticonstitutionnelle. Le procès donnera raison aux créationnistes, non pas pour leurs théories, mais juste pour le respect de la loi. Par contre la victoire « morale » revient sans conteste aux évolutionnistes. L’avocat Clarence Darrow, défenseur des syndicalistes et de la libre pensée, interroge William Jennings Bryan, représentant du Tennessee, trois fois candidats à la maison blanche sous l’étiquette démocrate et fondamentaliste religieux fervent défenseur de l’anti-évolutionnisme. Bryan, comme ses congénères créationnistes, considère qu’il faut interpréter littéralement la bible. Darrow le questionne en temps qu’expert de la bible (alors qu’il est le procureur du procès) et s’applique à objecter le moindre détail qui n’a pu exister. Par exemple Darrow annonce « la bible dit que tous les êtres vivants qui n’avaient pas trouvé place sur l’arche de Noé furent noyés dans le déluge, le croyez-vous ? », sans hésitation, Bryan réponds « oui » ce à quoi Darrow répond « même les poissons ? ». Ou encore « l’éternel dieu dit au serpent : « puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre ». Pensez-vous que c’est pour cela que le serpent est obligé de ramper maintenant ? » Bryan : « Je le pense » Darrow : « Avez-vous une idée de comment les serpents faisaient avant ? » Bryan : « Non monsieur » Darrow : « Savez vous s’ils marchaient sur leur queue ou non ? » (histoire du procès retranscrite par Jean Paul Krivine, rédacteur en chef de Science et pseudo-science).

La bible a toujours eut besoin d’être interprétée et non pas prise au sens littéral. Car même si l’on peut croire en dieu, comment oser affirmer qu’il s’est passé trois jours et trois nuits avant que dieu ne crée le soleil rendant ainsi le concept de jour et de nuit possible. Cela l’église l’a bien compris et elle tente de se détacher au mieux (mais pas complètement bien sûr) des créationnistes. Le 22 octobre 1996, Jean Paul II lui-même a reconnu que la théorie de l’évolution était plus qu’une hypothèse et qu’il n’y a pas à rechercher une « science chrétienne ».

En fait le créationnisme reconnaissant en dieu un « architecte » de la complexité du monde n’existe plus vraiment en tant que tel. Depuis un procès en 1989 que les créationnistes ont perdu, le terme même de créationnisme tend à disparaître. Le terme mais pas ses partisans. Les nouveaux créationnistes se regroupent sous le « Dessein Intelligent » (Intelligent Design), théorie visant à prouver par la science (et non plus contre) que l’évolutionnisme existe mais qu’il est poussé par une « force » laissant supposer qu’il s’agit de dieu sans le nommer. Outre le fait de renier leurs premières convictions (laissant douter de leurs viabilités) et de renier même dieu pour une présentation plus acceptable, les créationnistes ont élaboré une stratégie dite la « stratégie du « coin » » expliquée dans le « document du coin » (the wedge document). Le coin est un instrument de forme prismatique utilisé pour fendre des matériaux, serrer et assujettir certaines choses. La stratégie est clairement explicitée dans le document. « Si l’on considère la science matérialiste dominante comme un arbre géant , notre stratégie doit opérer comme un « coin » qui, bien que relativement petit, est capable de briser le tronc s’il est enfoncé dans ses points les plus faibles. »

Vous comprenez maintenant le rapport avec la démocratie. Les créationnistes n’ont pas la volonté de convaincre les gens du bien fondé de leur théorie mais ils vont s’efforcer de l’imposer. La stratégie du coin prévoit trois phases :

Phase 1 : Recherche scientifique, écrits et publicité
_ Programme de bourses individuelles de recherche (pour ceux qui cherchent dans le bon sens évidemment)
_ Programme de recherche en Paléontologie (Dr Paul Chien)
_ Programme de recherche en biologie moléculaire (Dr Douglas Axe)

Phase 2 : Publicité et formation d’opinion
_ Publicité par le livre (Notez que les livres ne racontent donc rien d’intéressant)
_ Conférences de formation d’opinion (et non pas de débats)
_ Séminaires d’apologétique
_ Programmes de formation d’enseignants
_ Membres éditorialistes
_ Coproduction d’émission sur PBS (réseau public américain de télévision éducative) ou autres chaînes
_ Matériel / publications publicitaires.

Phase 3 : Confrontation et renouveau culturel
_ Conférence de contestation académique et scientifique
_ Action en justice éventuelle sur la formation des enseignants
_ Programme de bourses de recherche : passage au secteur des sciences humaines et sociales.


    Etant moi-même issu des sciences humaines et sociales, je dois dire que je m’inquiète quelque peu sur un programme aussi démocratique et ouvert. Les créationnistes savent ce qu’ils vont « trouver » avant même de faire leurs recherches. Ils se posent en sauveurs de la science car ils sont persuadés de la ramener dans « le droit chemin » pour ainsi dire. Une véritable posture scientifique voudrait que l’on émette d’abord une hypothèse (en l’occurrence dieu a planifié le monde) puis qu’on aille la vérifier par des études. Or les créationnistes jouent sur cette idée d’hypothèse puisqu’ils prévoient déjà comment l’imposer par la suite. Du coup, les recherches ne servent à rien si ce n‘est à montrer qu’il s’agirait d’un projet scientifique sérieux, ce que les méthodes employées ont déjà contredit.

    Aux USA, les créationnistes ont fait très fort. Plusieurs écoles se voient obligées, sans aucune concertation avec les directeurs d’établissement, d’enseigner à la fois les théories évolutionnistes et créationnistes. La force électorale de ce mouvement a probablement fait plus pour cette obligation que leurs études.

    Car que tendent-elles à prouver ces études ? Rien de moins que l’existence de dieu. Or même l’église, ou toute autre confession religieuse, conçoit que l’on ne peut apporter ce genre de preuves. C’est ainsi que fonctionne la foi, sur des convictions et non sur une réalité palpable. Comment peut-on penser que dieu se livrerait si facilement ? N’est-ce pas d’une incommensurable prétention d’affirmer avoir trouver sa trace ( et au passage n’est-ce pas ce qu’on appelle le péché d’orgueil) ? En réalité, les créationnistes n’ont rien trouvé. Ils ne peuvent que présumer que derrière la complexité de notre monde se cache une « force » qui, étant d’un état surnaturel, ne peut donc être découverte. Toutes les théories ou explications du dessein intelligent se fondent donc sur une présomption à laquelle nulle preuve ne peut être fournie. Mais cela leur est égal, tant qu’ils parviennent à s’imposer.

    Je vous laisse avec cette phrase de Roger Puivet (professeur de philosophie à l'université de Nancy 2) : "Un chrétien peut fort bien accepter le savoir scientifique d'aujourd'hui."

Source (entre autre mais la plus importante) : Collectif, La bible contre Darwin, Le nouvel observateur, Hors série N°61, décembre 2005 / janvier 2006

Comment reconnaître un créationniste ?

1) Le créationniste considère l’Homme comme un être supérieur. Evidement puisqu’il est selon leur précepte une image de dieu. L’idée que l’Homme descende du singe les importune au plus haut point. Une bonne nouvelle pour eux, d’après les récentes études, nous avons plus de points communs avec le porc.

2) Le créationniste n’aime pas Darwin. Malgré le fait que le naturaliste anglais était loin d’être le seul à émettre des doutes sur la fixité des espèces à l’époque, c’est lui qui a eut le malheur de les traduire le plus clairement. Darwin, qui a eut la vocation de pasteur, regrettait lui-même les implications de ses découvertes, ce que le créationniste a vite repris comme un aveu de tromperie alors que Darwin ne les a jamais reniées. Le créationniste préfère s’en prendre à Darwin plutôt qu’à ceux qui, plus tard, ont apporté des preuves pour étayer sa théorie. C’est plus facile comme ça.

3) Le créationniste défend la science. La plupart du temps, il ne vous parlera pas de l’implication de dieu (ou autre) sur le monde mais pourfendra ceux qui n’ont rien compris à la science et qui marchent sur la tête. La caution scientifique est apparemment plus dissuasive que la soutane.

4) Le créationniste se considère comme le seul capable de raison. Il fait exception pour ceux qui l’ont cru. Il est vrai que le créationniste est loin d’être seul dans cette catégorie. Ceux qui oseront dire un mot contre lui ne seront alors que des imbéciles qui ne comprennent rien, rejetant par là les scientifiques évolutionnistes et surtout tout ce qu’ils ont découvert et inventé depuis Darwin. Par là, il montre qu’il est pleinement ouvert au débat et à la discussion, tant que ça se passe entre créationniste.

5) Le créationniste est lobbyiste. Il est plus facile de convaincre des politiques avec un certain poids de vote que d’autres scientifiques avec des études qui n’en ont que le nom. Relisez leur stratégie. A aucun moment le créationniste ne veut rencontrer et discuter avec ses confrères évolutionnistes. Car ce n’est pas en les convaincants eux que l’on imposera le dessein intelligent à l’école.

Par Darklord
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Samedi 22 juillet 2006

De nos jours la démocratie est menacée de l’intérieur, par ses propres institutions utilisées dans des buts détournés de leur raison première : refléter les attentes du peuple. Les hommes politiques liés à ces institutions sont souvent les premiers à arranger à leurs sauces les dispositifs républicains. Mais ils ne sont pas les seuls. Je vous ai également parlé des « lobbys », ces groupes de gens qui font pression sur les politiques au niveau local et/ou national (voir européen en ce qui nous concerne) pour voir passer ou interdire des lois selon qu’elles leurs sont favorables ou non.

Aujourd’hui, l’un des plus anciens lobbys de l’Histoire se réveille (bien qu’il ne se soit jamais vraiment endormi) : la religion. Ou plutôt les religions dans le cas actuel. Rappelons à nouveau que ce blog et son auteur respecte les personnes croyantes et qu’il s’agit ici de parler d’une question de société sans remettre en cause les fondements des croyances. De plus en plus de gens s’élèvent contre un certain renouveau de la pression religieuse sur les politiques à tous les niveaux. Ce « renouveau » s’appui sur deux points importants.

Premièrement, les actions en justice. Les attaques aux tribunaux pour insultes ou diffamations envers les religions ont toujours plus ou moins existé. Mais actuellement, on pourrait dire que c’est à la mode. Les trois principales religions de France (chrétienne, musulmane et juive) ont toujours au moins un procès en cours pour ce que l’on pourrait appeler « blasphème ». Ce sont souvent des associations religieuses locales s’occupant de cas dans leurs régions ou leurs départements. Ce qui permet de dédouaner les instances religieuses plus officielles au niveau national. Pourtant certains cas peuvent faire « jurisprudence » (la décision du tribunal est reconnue comme étant officiellement le modèle à appliquer dans pareils cas) ou simplement des « précédents » (non reconnu dans la loi mais pouvant être utilisés en exemple).

En plus de déresponsabilisation intéressée des instances religieuses dans ces procès (quelles que soient les lois apparues grâce à eux, les officiels religieux ne sont pas responsables), rappelons que la notion de blasphème est loin d’être claire et quelle peut être utilisée plus ou moins n’importe comment contre quiconque. Toute critique contre la religion peut être considérée comme blasphème (de manière sérieuse ou non, c’est au tribunaux de voir). Sans compter que chaque religion a ses propres façons de considérer les limites d’un blasphème. Mais cela a moins d’importance aujourd’hui puisque les trois plus grandes religions de France se soutiennent presque systématiquement à chaque procès, ceci afin de lutter pour la reconnaissance de l’accusation de blasphème. En effet, elles ne peuvent considérer qu’une critique à leur égard est un blasphème et que ce ne sera pas le cas pour une autre religion. Cette union devient particulièrement dangereuse dans le second point.

De plus en plus de politiques de tous bords s’engagent en faveur de la condamnation de propos contre les religions, ceci au mépris de la séparation de l’église et de l’état, et bien évidemment sans se soucier de savoir ce que signifie vraiment « blasphémer ». Le fait que les lobbys religieux soient un électorat fort est le pilier majeur de ses faveurs, surtout quand agir pour une religion est également apprécié par toute les autres. On l’a vu avec le cas Raoult (notre anti-démocrate de juin). La cause du racisme est bien souvent avancée pour donner bonne conscience aux politiques qui s’engagent dans des actions qui sont en fait purement religieuses.

Ces deux points sont à la base du mouvement judiciaire que nous voyons actuellement. Mais il est également à préciser que la critique religieuse sert souvent de nouveau prétexte à certaines personnes pour faire une démonstration d’une xénophobie ou d’un racisme réel. Là est toute la complexité de ces procès dont les attaques pour racisme peuvent être fondées, ce qui amène bien entendu de l’eau au moulin juridique des associations et des instances religieuses pour d’autres cas beaucoup moins évidents.

Que faire entre les deux ? Rester vigilant. Ne pas cesser de dénoncer les dérives judiciaires des religions sans pour autant dénigrer l’importance de certains cas. Faire la part des choses n’ait pas évident déjà pour les tribunaux. A nous de ne pas nous laisser enfermer dans un camp ou dans l’autre.

Par Darklord
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Dimanche 24 septembre 2006

Il peut être amusant de considérer les paradoxes dans les déclarations de nos représentants. Nombre d’entre eux vous jureront qu’ils sont les plus ardents défenseurs de notre république alors que d’un autre côté, ils font tout pour en saper les fondements.

Depuis quelques temps déjà, le principe de séparation entre les cultes et l’état est malmené. Inutile de rappeler, je pense, le déplacement de Bernadette Chirac au Vatican ou encore l’affirmation de la foi chrétienne de Sarkozy prenant exemple sur son modèle américain, Georges W Bush, pour draguer l’électorat des extrémistes catholiques.

Voilà qu’un nouveau pavé vient d’être lancé dans la mare par un certain Jean-Pierre Machalon. Il est le président de la commission chargée d’aménager (sic) la loi de 1905 régissant les relations entre l’état et les cultes. Il a remis un rapport à Sarkozy dans lequel, entre autres propositions, il recommande de faire passer le financement des lieux de cultes aux communes (lexpress.fr).

Le but est de laisser les communes décider seules des intérêts de leurs administrés. Le rapport, ou tout du moins ce que l’on en sait, ne précise pas si les communes bénéficieront d’un apport financier pour supporter ce nouveau coût. Et d’ailleurs, le problème n’est pas là. Car de toute façon, il s’agit de l’argent du contribuable qui, à part en Alsace, n’a jamais servi à financer des institutions religieuses.

Je vais devoir me répéter mais je tiens à préciser à nouveau que je suis respectueux des personnes croyantes et de leurs cultes tant qu’ils ont la politesse de me laisser en dehors de leur dogme. Personnellement, je suis athée. Je ne crois en aucune religion, ni en dieu. Que l’on m’explique alors pourquoi je devrai participer au financement de lieux de cultes, quels qu’ils soient ?

Dans leur tentative de draguer l’électorat des croyants de tous bords, les politiques oublient souvent qu’une partie (quand même assez importante) de la population n’est pas affiliée à une religion, que ce soit par athéisme ou des croyants qui ne se reconnaissent pas dans les dogmes religieux. De plus, de nombreux croyants et pratiquant reconnaissent l’utilité de la séparation des cultes et de l’état.

Le rapport semble avancer que les hommes politiques locaux sont plus compétents pour juger de l’utilité et/ou de la nécessité de la construction d’un lieu de culte. Mais prenons par exemple une municipalité élue sous l’étiquette du MPF dont le leader, Philippe De Villiers, a clairement déclaré son hostilité face à ce qu’il appelle « l’islamisation de la France ». Une municipalité partageant son point de vue sera-t-elle vraiment juste vis-à-vis des lieux de cultes dont elle aura la charge ? On peut en douter sérieusement. De même pour d’autres courant politiques. Prenons l’extrême gauche qui n’a jamais porté les cultes dans son cœur. Comment une municipalité de cette tendance pourrait soutenir financièrement les lieux de cultes ?

Cette proposition est donc totalement hors de propos et il est difficile de ne pas soupçonner le gouvernement de vouloir se débarrasser des problèmes que causes les factions et les lobbys religieux en les transférant au niveau local.

Avec au passage, la remise en cause de l’un des plus important fondement de notre République

Par Darklord
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Mardi 6 février 2007
Demain, mercredi 8 février 2007, s’ouvre un procès que le canard enchainé (du 31 janvier) a qualifié de « mauvais ». L’hebdomadaire satirique essaie peut-être de rester diplomate mais il aurait pu le qualifier de « dangereux », pour la liberté d’expression et notamment pour la liberté de la presse.
Il s’agit du procès de l’UOIF (Union des Organismes Islamiques de France) et de la grande mosquée de Paris contre le journal Charlie Hebdo. Cet hebdomadaire avait publié les fameuses 12 caricatures de Mahomet (auparavant publiées dans le journal danois Jylland Posten) dans un de ses numéros. A ce jour, « Charlie » est le seul journal français à être jugé pour cette publication, même si d’autres n’ont pas non plus hésité à reproduire les célèbres dessins.
Il semble toutefois que l’UOIF et la grande mosquée de Paris ne tiennent pas à se couper des grands médias et préfère s’attaquer à un journal indépendant, manière plus discrète et, disons-le carrément, plus lâche de défendre une cause discutable. Car si certaines caricatures représentent le prophète de l’islam d’une manière générale, pouvant être prises pour une représentation de la religion musulmane, les plaignants se préoccupent surtout de celles qui s’attaquent aux fanatiques et aux terroristes, manière curieuse de propager encore plus l’amalgame qu’ils dénoncent entre musulmans modérés et islamistes extrémistes.
Ce procès part donc sur des bases plus que douteuses. En soutien à Charlie Hebdo, je publie à mon tour les caricatures incriminées.
Et bien le bonjour aux membres de l’UOIF et de la grande mosquée de Paris qui s’égareraient par ici en leur rappelant qu’ils ont fait bien plus pour la propagation de ces dessins que moi-même et toute la presse française, danoise et autres réunies.













Mise à jour du 07/02/2007 :

Les résultats de la prmière audience sur Libération.fr où l'on apprend que les organisations plaignantes ne se sont même pas déplacées. Drôle de manière de défendre ses convictions.


Par Darklord
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Lundi 14 janvier 2008
De la Ligue de l'Enseignement :

NON, LA FRANCE N'EST PAS LA FILLE AINEE DE L'EGLISE

 

Depuis le 20 décembre 2007, le Président de la République est chanoine d'honneur de la basilique Saint Jean du Latran. Nicolas Sarkozy a voulu donner à cet usage désuet une dimension politique et philosophique. Accompagné d'une importante délégation reçue avec faste par le pape Benoit XVI, le président a prononcé un grand discours dont la teneur est aussi surprenante  que choquante.

L'affirmation introductive « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes » évacue tous les apports de l'Antiquité, de la civilisation arabo-musulmane, de la philosophie des Lumières, de la Révolution et de la culture  ouvrière et scientifique. Si les contributions du catholicisme à la culture française sont effectivement importantes, elles n'expriment pas à elles seules l'identité nationale. Notre pays ne naît pas avec le baptême de Clovis, et il est aujourd'hui à la fois divers du point de vue religieux et philosophique et sécularisé. Si la laïcité est bien « une condition de la paix civile », c'est parce qu'elle permet et organise la liberté de conscience de tous en garantissant à la fois l'émancipation individuelle contre tout enfermement idéologique ainsi que la légitimité et l'égalité des convictions et des appartenances.

Le jugement dévalorisant sur la « morale laïque risquant de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance » est inadmissible. Mais l'affirmation la plus provocatrice est « Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance ». Non seulement les religions n'ont pas le monopole de l'espérance, mais elles furent souvent et restent parfois pourvoyeuses  de fanatisme. Le Président de la République serait donc mieux inspiré de promouvoir l'émancipation par une éducation au service de tous.

Dans le cadre d'un tel discours, l'engagement « à ne pas modifier les grands équilibres de la loi de 1905 » laisse sceptique. Aussi, la Ligue de l'enseignement, avec l'ensemble du mouvement laïque, reste vigilante et donne sur son site http://www.laicite-laligue.org/ tous les éléments pour mieux comprendre les enjeux.

 

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Par Darklord
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Lundi 25 février 2008
Suite au précédent article venant de la Ligue de l'Enseignement, plusieurs organisation se sont regroupées pour lancer un appel laïque contre toute modification de la loi de 1905. Voici leur position :
 

"Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.
La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quels que soient ses origines, ses choix philosophiques ou ses convictions religieuses.
Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.
Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute leur place au doute, à l’imagination et à la créativité.
C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité."

 

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Par Darklord
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Vendredi 12 septembre 2008

 

Le pape vient donc en France. Grande nouvelle qui fait la une de tous les journaux. Il est vrai que le pape n'est pas seulement un chef religieux, mais un chef d'état. Il n'est donc pas anormal de déployer le tapis rouge, même si l'on peut se demander pourquoi d'autres chefs d'états n'ont pas bénéficié de ce genre d'attentions auparavant.

La visite du pape en France ne serait donc pas dérangeante outre mesure si elle ne s'effectuait pas sur un doute sérieux quant au respect de la laïcité. Nicola Sarkozy entend bien s'appuyer sur cette visite pour promouvoir sa fameuse « laïcité positive » qu'il avait développé lors d'un séjour au vatican.

 

« La première polémique naît le 20 décembre 2007. Nicolas Sarkozy, comme tous les présidents français, reçoit le titre de chanoine honoraire de l'église romaine de Saint-Jean de Latran.
Reprenant des thèmes "rodés" dans un livre publié en 2004 alors qu'il était ministre de l'Intérieur, le chef de l'Etat prend ses distances avec la "laïcité à la française", incarnée par la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qu'il juge "épuisée" et menacée par "le fanatisme".
Insistant sur les "racines chrétiennes de la France", il lui préfère une laïcité dite "positive", c'est-à-dire qui, "tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais un atout", allant jusqu'à juger de l'intérêt de la République d'avoir "beaucoup d'hommes et de femmes" qui "croient". Ces propos inédits pour un président suscitent un tollé en France.
 » (nouvelobs.com)

 

Pour bien comprendre le problème, reprenons depuis le début en citant les définitions de la Laïcité du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales :

 

A. − Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse.

 

B. − Caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises; impartialité, neutralité de l'État à l'égard des Églises et de toute confession religieuse.

 

Le discours de Sarkozy ne s'appuie donc pas sur la laïcité mais sur l'idée qu'il s'en fait.

 

« A la différence de ses prédécesseurs, M. Sarkozy a une fâcheuse propension à mélanger ses convictions personnelles, qui l'amènent à souhaiter "qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent", dans l'intérêt de la République, et son rôle de gardien d'une "République laïque" qui "respecte toutes les croyances" mais n'en privilégie aucune. » (lemonde.fr)

 

Imaginons un instant que la « laïcité à la française » telle que Sarkozy la conçoit existe réellement, qu'il s'agisse d'une laïcité contre la religion, ce qui n'est donc pas une laïcité. Donc la logique voudrait qu'on en revienne à la vraie laïcité dans son principe de neutralité et d'impartialité. Mais ce n'est pas la volonté de Sarkozy.

 

« M. Sarkozy avait jugé que la laïcité "n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes". Il avait souhaité que la République s'enrichisse d'une "réflexion morale inspirée de convictions religieuses" ayant "des liens avec la transcendance".  » (lemonde.fr)

 

Notre président n'entends pas revenir à une laïcité normale mais cherche à ré-instaurer de la religion dans la vie publique, la sienne surtout. Ce qui n'a rien à voir avec la laïcité, même si on lui accroche un « positif » derrière qui ne veut rien dire.

Sarkozy entend plutôt mettre fin à la laïcité en faisant croire qu'elle existe toujours mais qu'elle sera juste différente. Or la laïcité est l'indépendance vis à vis de la religion. Il y a donc un paradoxe grave dans ce que déclare Sarkozy. Une « réflexion morale inspirée de convictions religieuses » n'a rien à faire dans un état laïque. Cela provoquera un déséquilibre entre la religion chrétienne et les autres, et surtout un total irrespect des personnes non croyantes, forcées de se plier à des valeurs basées sur des choses auxquelles elles ne croient pas.

La réalité, c'est que nous sommes loin de la « laïcité à la française » telle que la conçoit Sarkozy. Je ne vois pas personnellement en quoi la laïcité a bien pu causer un tort réel à la religion. Au contraire, à chaque problème posé par la religion face à la République, on assiste plutôt à des débats et des discussions, parfois animées certes, mais qu'on ne saurait qualifié d'intolérants, dans l'ensemble.

Car évidemment, il y a des fanatiques partout. Mais qu'est-ce qu'un fanatique laïc ? Quelqu'un qui, par définition, serait intransigeant sur l'indépendance entre l'état et la religion. Rien à voir avec les fanatiques anti-religieux que confond avec obligeance Sarkozy dans la laïcité. Mais cet amalgame le sert bien puisque cela lui permet de remettre la religion, sa religion sur le devant de la scène selon ses principes personnels qui ne sont partagés que par une minorité.

Car la laïcité comporte des croyants et des non-croyants respectueux des croyances, de l'état et de leur division.

Sarkozy joue un jeu dangereux pour la France. Sa position n'a rien à voir avec la laïcité. Dans un pays laïque, un président n'a pas à montrer sa préférence pour une religion ou une autre car, techniquement, ses croyances n'ont pas à influencer son jugement dans la gérance de l'état.

L'idée de « laïcité positive » n'a donc de laïque que le nom, se basant sur une idée fausse mais opportuniste de la réalité de la laïcité, et va à l'encontre des principes de la République.

 

 

En bonus :

 

« Pour des raisons de sécurité, l'école maternelle [publique] située en face du collège des Bernardins, où Benoît XVI doit prononcer un discours, n'accueillera aucun enfant et aucun personnel vendredi après-midi. Aucune mise en place d'un service minimum n'est prévue. » (nouvelobs.com)

Par Darklord
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