Vendredi 12 septembre 2008
Le pape vient donc en France. Grande nouvelle qui fait la une de tous les journaux. Il est vrai que le pape n'est pas seulement un chef religieux, mais un chef d'état. Il n'est donc pas anormal
de déployer le tapis rouge, même si l'on peut se demander pourquoi d'autres chefs d'états n'ont pas bénéficié de ce genre d'attentions auparavant.
La visite du pape en France ne serait donc pas dérangeante outre mesure si elle ne s'effectuait pas sur un doute sérieux quant au respect de la laïcité. Nicola Sarkozy entend bien s'appuyer sur
cette visite pour promouvoir sa fameuse « laïcité positive » qu'il avait développé lors d'un séjour au vatican.
« La première polémique naît le 20 décembre 2007. Nicolas Sarkozy, comme tous les présidents français, reçoit le titre de chanoine honoraire de l'église romaine de Saint-Jean de
Latran.
Reprenant des thèmes "rodés" dans un livre publié en 2004 alors qu'il était ministre de l'Intérieur, le chef de l'Etat prend ses distances avec la "laïcité à la française", incarnée par la loi de
1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qu'il juge "épuisée" et menacée par "le fanatisme".
Insistant sur les "racines chrétiennes de la France", il lui préfère une laïcité dite "positive", c'est-à-dire qui, "tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas
croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais un atout", allant jusqu'à juger de l'intérêt de la République d'avoir "beaucoup d'hommes et de femmes" qui "croient". Ces propos
inédits pour un président suscitent un tollé en France. » (nouvelobs.com)
Pour bien comprendre le problème, reprenons depuis le début en citant les définitions de la Laïcité du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales :
A. − Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse.
B. − Caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises; impartialité, neutralité de l'État à l'égard des Églises et de
toute confession religieuse.
Le discours de Sarkozy ne s'appuie donc pas sur la laïcité mais sur l'idée qu'il s'en fait.
« A la différence de ses prédécesseurs, M. Sarkozy a une fâcheuse propension à mélanger ses convictions personnelles, qui l'amènent à souhaiter "qu'il y ait beaucoup d'hommes et de
femmes qui espèrent", dans l'intérêt de la République, et son rôle de gardien d'une "République laïque" qui "respecte toutes les croyances" mais n'en privilégie aucune. » (lemonde.fr)
Imaginons un instant que la « laïcité à la française » telle que Sarkozy la conçoit existe réellement, qu'il s'agisse d'une laïcité contre la religion, ce qui n'est donc pas une
laïcité. Donc la logique voudrait qu'on en revienne à la vraie laïcité dans son principe de neutralité et d'impartialité. Mais ce n'est pas la volonté de Sarkozy.
« M. Sarkozy avait jugé que la laïcité "n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes". Il avait souhaité que la République s'enrichisse d'une "réflexion morale
inspirée de convictions religieuses" ayant "des liens avec la transcendance". » (lemonde.fr)
Notre président n'entends pas revenir à une laïcité normale mais cherche à ré-instaurer de la religion dans la vie publique, la sienne surtout. Ce qui n'a rien à voir avec la laïcité, même si on
lui accroche un « positif » derrière qui ne veut rien dire.
Sarkozy entend plutôt mettre fin à la laïcité en faisant croire qu'elle existe toujours mais qu'elle sera juste différente. Or la laïcité est l'indépendance vis à vis de la religion. Il y a donc
un paradoxe grave dans ce que déclare Sarkozy. Une « réflexion morale inspirée de convictions religieuses » n'a rien à faire dans un état laïque. Cela provoquera un déséquilibre entre
la religion chrétienne et les autres, et surtout un total irrespect des personnes non croyantes, forcées de se plier à des valeurs basées sur des choses auxquelles elles ne croient pas.
La réalité, c'est que nous sommes loin de la « laïcité à la française » telle que la conçoit Sarkozy. Je ne vois pas personnellement en quoi la laïcité a bien pu causer un tort réel à
la religion. Au contraire, à chaque problème posé par la religion face à la République, on assiste plutôt à des débats et des discussions, parfois animées certes, mais qu'on ne saurait qualifié
d'intolérants, dans l'ensemble.
Car évidemment, il y a des fanatiques partout. Mais qu'est-ce qu'un fanatique laïc ? Quelqu'un qui, par définition, serait intransigeant sur l'indépendance entre l'état et la religion. Rien à
voir avec les fanatiques anti-religieux que confond avec obligeance Sarkozy dans la laïcité. Mais cet amalgame le sert bien puisque cela lui permet de remettre la religion, sa religion sur le
devant de la scène selon ses principes personnels qui ne sont partagés que par une minorité.
Car la laïcité comporte des croyants et des non-croyants respectueux des croyances, de l'état et de leur division.
Sarkozy joue un jeu dangereux pour la France. Sa position n'a rien à voir avec la laïcité. Dans un pays laïque, un président n'a pas à montrer sa préférence pour une religion ou une autre car,
techniquement, ses croyances n'ont pas à influencer son jugement dans la gérance de l'état.
L'idée de « laïcité positive » n'a donc de laïque que le nom, se basant sur une idée fausse mais opportuniste de la réalité de la laïcité, et va à l'encontre des principes de la
République.
En bonus :
« Pour des raisons de sécurité, l'école maternelle [publique] située en face du collège des Bernardins, où Benoît XVI doit prononcer un discours, n'accueillera aucun enfant et
aucun personnel vendredi après-midi. Aucune mise en place d'un service minimum n'est prévue. » (nouvelobs.com)
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