La première fois que j’ai pu appréhender l’Europe, j’étais encore très jeune. En fait j’aimais beaucoup l’idée d’un rapprochement des peuples. Pour tout dire, j’espérais même que l’Europe deviendrait un seul et même pays. Dans l’esprit, je crois que l’on peut me considérer comme un « citoyen du monde ». Bien qu’étant toujours très jeune, j’ai accueilli favorablement l’idée de « l’abolition » des frontières. Je me suis rendu compte plus tard que cela était malheureusement resté à l’état d’idée et que si les marchandises voyageaient sans difficultés, il n’en était pas de même des êtres humain. Plus âgé, j’étais enthousiaste lors du passage à l’Euro. Au moins sur ce coup là, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre. Lorsque, comme moi, on vit près d’une frontière, il faut bien avouer que ça facilite le contact avec les commerçants (mais pas seulement).
Enfin bref, je crois que comme de nombreuses autres personnes, j’ai beaucoup « fantasmé » l’Europe. Evidemment, la chute n’en fut que plus rude. Cela faisait un moment que je m’intéressais au fonctionnement de l’Union. Ce matin je reçus encore une preuve qu’elle ne serait sûrement jamais telle que je l’avais espérée.
Depuis quelques temps, il ne vous aura pas échappé qu’un conflit majeur avait éclaté entre Israël et le Liban. Evidemment, la communauté internationale essaie d’agir sur cette guerre pour appuyer à la fois leurs convictions et une certaine éthique vis-à-vis de leur peuple. Cela donne une réaction du genre « Il faut éliminer le terrorisme mais faire attention aux populations civiles ». Si, depuis le déclenchement de la guerre contre le terrorisme de Georges W. Bush, vous avez suivi l’Afghanistan, puis l’Irak et maintenant le Liban, vous aurez remarqué que cette position est intenable sur le terrain. Entre les bombardements soit disant « ciblés », voir « chirurgicaux », et les soldats qui tirent sur tout ce qui bouge (étant donné qu’ils n’ont aucun moyen de reconnaître l’ennemi), on est bien loin de la sécurité totale pour les civils innocents. Mais les différents pays du monde continuent d’espérer que les bombes et les balles épargneront toutes seules ceux qui doivent l’être (franchement, ils ne peuvent plus compter que sur ça pour limiter les dommages collatéraux).
Et c’est là que l’Union Européenne a franchit un cap dans le ridicule, ce qui, dans la situation actuelle, est quand même d’une grande gravité. En gros, l’UE devait faire un communiqué qui permettrait de dire ce que pensent les deux points de vue qui s’opposent sur le conflit, c'est-à-dire ceux qui veulent un cessez le feu immédiat, et ceux qui ne le veulent que lorsque que les conditions de sécurité nécessaires seront réunies. Autrement dit, pour le deuxième cas, que la guerre continue jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de danger, ou encore, quand Israël l’aura finalement emporté (comment la sécurité sera-t-elle garantie sinon ?). Quand on voit ce qu’a donné cette même stratégie en Afghanistan et en Irak (encore à feu et à sang pour ceux qui ne regarderaient que les journaux télévisés) on se dit que les partisans de cette « solution » doivent être au minimum très patient.
L’UE a donc fait sa déclaration ce matin, demandant d’une manière très conciliante l’arrêt des violences qui permettrait un accord sur un cessez le feu. Du coup, j’ai une question à poser. Comment les violences peuvent elles s’arrêter s’il n’y a pas un cessez le feu au préalable ? Qui cessera de tirer sans savoir si, en face, ils n’en profiteront pas pour prendre l’avantage ?
Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’Europe doive concilier les différents intérêts de chaque pays membre et arrive à un compromis assez navrant. Biens sûr, je ne dis pas qu’il est facile de diriger une union entre 25 pays, ni que l’Europe soit toujours mise en échec. Néanmoins, il n’est pas rare que des décisions soient tant discutées qu’elles en arrivent à un niveau qui ne satisfait plus personne. Prenons l’exemple de la fameuse dispute franco-britannique sur la Politique Agricole Commune et la « ristourne Tatcher ». Après de nombreuses discussions houleuses, ni l’une ni l’autre ne seront finalement modifiées. Les problèmes supposés qui en découlaient sont donc toujours d’actualité mai le chapitre est clos, pour l’instant.
Je crois que l’Europe ne sera jamais unie telle que je l’avais espéré. Aujourd’hui elle est le symbole de la lutte que se livre chaque pays pour s’assurer la part du lion. En fait d’union, c’est à une véritable lutte européenne que nous assistons. Ce qui est bien pratique pour mettre sur le dos de l’UE un certain nombre de choses qui ne vont pas dans notre pays. Et s’étonner ensuite de perdre un référendum.
Réactions