Au cours de mes discussions politiques et/ou d’actualité sur le net ou ailleurs, ils est certains sujets qui reviennent sans cesse, que ce soit pour que l’on discute de ces sujets mêmes ou de leur rattachement à des affaires d’actualité. Le racisme est indéniablement de ceux-là. J’utilise ici le mot « racisme » au sens le plus large possible puisque, nous allons le voir, sa définition aujourd’hui devient de plus en plus obscure.
D’ailleurs, revenons sur sa première définition. Le racisme est le fait de distinguer des individus par race selon certains critères dits naturels et, par là, de distinguer des races supérieures et inférieures. Les critères de différenciations étant « naturels », ils se basent donc sur des distinctions physiques comme la couleur de peau, la taille, les cheveux,… Par la suite, les différences culturelles vont conforter l’idée de supériorité. Par exemple la technologie de l’armement qui permit aux européens de réduire les noirs africains en esclavage.
Cette forme de racisme primaire ne se trouve plus guère aujourd’hui. Seuls quelques « illuminés » (certains groupuscules néo-nazis par exemple, même pas tous) considèrent encore qu’il existe une distinction de races par le physique, ou plutôt aujourd’hui, par la génétique. Cela dit, il ne fait pas bon d’oublier que cette distinction subsiste. En fait la « mode » serait plutôt à une distinction culturelle et sociale. Mais pour bien en comprendre le cheminement, il ne faut pas brûler les étapes.
A la fin de l’esclavagisme commercial (rappelons au passage que l’esclavagisme existe toujours), les mœurs ne furent pas bousculées par le racisme. La reconnaissance d’une âme aux noirs ne fit pas disparaître la distinction raciale physique mais l’Europe comptant peu « d’étrangers » (en fait ce n’est pas aussi simple mais ça nous écarterai trop du sujet) ne s’en portait pas plus mal et le « racisme » n’était pas alors considéré comme une notion péjorative. Aux USA, là où les noirs avaient été déplacés, ce n’était pas tout à fait la même chose, en témoigne l’existence du Ku Klux Klan.
En fait, c’est après la seconde guerre mondiale que la notion de racisme va prendre un nouveau sens. La période de plein emploi était si faste qu’il fallut faire appel à la main d’œuvre étrangère. Nombre d’immigrés provenaient alors de l’Europe du sud (Italie, Espagne, Portugal) et de l’est. Aujourd’hui on entend souvent que l’intégration des étrangers venant d’Afrique est due à un problème culturel et que les personnes venant de pays à culture chrétienne n’ont eu aucun mal à s’intégrer. C’est oublier très rapidement (et souvent volontairement) que les immigrés européens n’ont pas été si bien accueillis que ça. Par exemple, dans les bals, les étrangers étaient souvent relégués d’un côté de la salle et un cordon ou une barrière leur interdisait de se mêler aux jeunes français. L’intégration s’est faite, oui, mais avec le temps. Et il n’est pas rare encore d’entendre une personne d’origine italienne être appelée rital, pour ne citer qu’un exemple léger.
A cette époque, les mœurs n’étaient pas vraiment de considérer les étrangers comme une sous race (en général, n’oublions pas que la distinction raciale physique existe encore) mais plutôt d’appliquer une politique de séparation entre étrangers et français qui s’apparentait plus à ce que l’on nomme la xénophobie. Souvent utilisés côte à côte, la « xénophobie » et le « racisme » ne se confondent pas. La xénophobie est la peur de l’étranger, quel que soit son physique. Souvent due à la peur de l’inconnu, elle s’appuie également sur des préjugés fortement ancrés dans notre conscience collective qui vont également trouver leurs forces dans les différences culturelles.
Le choc n’en sera que plus grand lors de l’arrivée d’une nouvelle vague massive de travailleurs étrangers venant cette fois-ci d’Afrique et notamment de la région du Maghreb. Les différences culturelles plus fortes vont exacerber les restes de l’ancien racisme latent. C’est pourtant le concept de xénophobie qui restera le meilleur descriptif de l’attitude envers les étrangers de l’époque. Le concept de race est bien présent à l’époque mais ne semble pas indiqué une forme de sous race, plutôt de distinction culturelle.
Les mouvements antiracisme vont se développer alors et faire considérablement évoluer les mœurs. Si la mentalité de la xénophobie persiste, le concept de race va pratiquement disparaître, ou plutôt s’effacer, bien que dans certains cas, cela ne restera qu’une façade de bienséance.
Nous en venons maintenant à notre actualité. Le racisme et la xénophobie ont été bannis, pénalement, du vocabulaire, bien qu’il soit évident que cela est loin de suffire pour un réel changement de notre société. Mais bien sûr, toute loi peut être contournée. En fait, le vocabulaire va changer pour exprimer une xénophobie toujours bien présente. Je ne reviendrai pas ici sur la question de la religion à laquelle j’ai déjà consacré un article. Rappelons juste que si la religion est une excuse extrêmement utilisée aujourd’hui pour effectuer des distinctions xénophobes, certains groupes religieux en tirent leur parti.
Aujourd’hui on parle énormément de l’immigration. Elle est le point central d’une pseudo argumentation qui ne fait que renouveler de vieux clichés xénophobes, en y ajoutant de plus en plus de questions sécuritaires. En fait le problème de l’immigration repose sur deux points.
Le premier n’est autre que l’immigration actuelle des étrangers qui souhaitent travailler ou s’installer en France. Le tout sécuritaire a déjà remplacé le vieux cliché de l’immigré prenant le travail des français. Aujourd’hui, immigré rime quotidiennement avec insécurité. Paradoxalement, il est difficile de voir le rapport entre les deux si l’on regarde de plus près. En effet, dans le cas des immigrés « légaux », c'est-à-dire ceux qui affrontent (courageusement, il faut bien le dire) les nombreuses embûches de l’administration française, cela ne leur apporterait rien de venir faire du grabuge en France. Au contraire, puisqu’ils essaient d’entrer dans le pays de façon légale, ils doivent bien se douter que ce n’est pas le meilleur moyen d’y rester.
Au passage rappelons que la fameuse loi de l’immigration choisie et les expulsions d’enfants scolarisés ne touchent que des personnes et des familles qui ont tenté de s’intégrer en France en toute légalité. Les filières de l’immigration clandestine peuvent dormir sur leurs deux oreilles.
Les immigrés clandestins justement n’ont pas tellement plus intérêt à se faire remarquer pour de quelconques troubles à l’ordre publique. La plupart évitant soigneusement les forces de l’ordre, il serait malvenu de leur part de se jeter dans la gueule du loup.
Bien sûr dans les deux cas, je ne parle pas de filières liées au grand banditisme qui de toute façon ne sont pas non plus vraiment inquiétées par les nouvelles lois. Je ne me préoccupe que des individus et des familles entrant en France avec leurs propres moyens.
Le deuxième point sur l’immigration est celui des jeunes « issus de l’immigration » qui sont souvent montrés du doigt en cas de troubles. Nés en France et n’ayant connu que la France, on continue à les affubler de ce titre « issus de l’immigration ». Pourquoi cette distinction ? Cela voudrait-il dire que l’immigration de leurs parents ou de leurs grands parents (voir plus) a une influence sur leurs actes, alors qu’ils n’ont jamais connus par eux-mêmes l’immigration ? Existe-t-il un gène de l’immigré ? Ces jeunes (dont certains maintenant ne sont plus si jeunes que ça) sont français. Pourtant il existe cette manie persistante de les différencier à tout prix, même dans les médias vous l’aurez remarqué, des jeunes français issus de nulle part (ce qui est totalement faux). Par exemple, moi qui ai des origines italiennes, personne ne m’a jamais dit que j’étais issu de l’immigration. Alors pourquoi eux ? Evidemment personne ne dira qu’il s’agit là de renouveler les anciennes distinctions xénophobes.
Alors on va trouver autre chose. Plutôt que « issu de l’immigration » on va parler de jeunes « de banlieues ». Cette notion, aussi pauvre d’esprit que la précédente, a toutefois le très léger mérite d’introduire une idée nouvelle, celle du lieu géographique. En effet, pour les sociologues de l’école de Chicago, le lieu où vivent les membres d’un gang (c’est une étude américaine n’oubliez pas) est bien plus déterminante sur la composition du groupe que les origines ethniques. En gros on se lie plus facilement avec des gens proches de nous qu’à cause de l’idée que l’on « appartient » à la même ethnie. En France le raisonnement est le même Et si ce sont souvent des jeunes « issus de l’immigration » qui sont impliqués dans les problèmes de banlieues ne serait-ce pas pour une autre raison que leurs origines ? Ceci remettant en cause les clichés xénophobes cachés mais toujours en vigueur, c'est-à-dire une bonne partie de la mentalité de notre société actuelle, il est peu probable que cette vision des choses ne se propage.
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