L'assemblée nationale examine cet après-midi le projet de loi visant à mettre France télévision sous la coupe totale du gouvernement, comme nous l'avons expliqué à plusieurs reprises sur ce blog.
« Cette réforme, annoncée à la surprise générale le 8 janvier par le président de la République, Nicolas Sarkozy, bouleverse totalement l'économie et l'architecture de France
Télévisions. Les mesures phares de ce projet de loi sont la transformation du groupe public (France 2, France 3, France 4, France 5 et France Ô) en entreprise unique, la nomination du PDG en
conseil des ministres, une seconde coupure publicitaire pour les chaînes privées et, surtout, la suppression de la publicité après 20 heures dès le 5 janvier 2009 et totalement à la fin
2011. » (lemonde.fr)
Le président de la République a décidé de frapper unilatéralement et sans aucune concertation (autant de ses proches mêmes que des dirigeants de France télévision pourtant les premiers concernés)
pour imposer sa vision toute personnelle et arbitraire de la télévision publique dont il s'arroge le droit de nommer les dirigeants, espérant ainsi qu'ils seront autant à sa botte que ceux des
autres médias détenus par ses amis.
« Pour Jean-François Téaldi de la SNJ-CGT, joint par AP, la réforme telle qu'elle est menée, c'est le "retour à la télévision d'Etat", avec "la volonté totale du gouvernement d'être
directeur des programmes et de reprendre la main sur le contenu". » (nouvelobs.com)
Visible comme le nez au milieu de la figure, la reprise en main de la télévision, et de la radio, par Sarkozy est le plus gros scandale anti-démocratique de ces dernières années. Cela dit, il
faut reconnaître que laisser ces nominations au CSA n'est pas non plus d'une grande garantie.
« La nomination des PDG de Radio France et de France télévision par le président de la République, et non plus par le CSA, suscite aussi la colère des salariés du secteur. Mais le
président du Conseil supérieur de l'Audiovisuel, Michel Boyon, invité du Talk Orange-Le Figaro, défend malgré tout cette réforme. » (lefigaro.fr)
Invité ce matin sur RTL, Michel Boyon
défend effectivement beaucoup cette réforme, rejetant toutes les contestations en bloc, tant ceux de l'opposition que les voix discordantes au sein de la majorité, ce qui est quand même curieux
pour une instance censée être indépendante, quoique également nommée par le gouvernement après tout. Sarkozy a apparemment décidé de se passer de cet intermédiaire.
Deuxième point de la controverse le financement. Le gouvernement promet à tours de bras que la redevance n'augmentera pas et que le contribuable n'aura rien à payer de plus. Ce que même le très
(très très) à droite « Le Point » n'arrive pas à avaler.
« Et pour financer toutes ces "créations", la redevance audiovisuelle - déjà mince par rapport à la BBC - n'a pas augmenté depuis 2002. Pis ! Les exonérations ont été étendues : depuis
2004, les résidences secondaires ne la paient plus, ce qui n'a pas empêché l'État de promettre chaque année plus d'argent aux chaînes et radios publiques, avec Radio France et RFI. Comment
tient-il sa promesse ? En puisant la rallonge... dans le budget de l'État. Finalement, on n'augmente pas la redevance, mais le contribuable y est quand même de sa poche. Et chaque patron de
l'audiovisuel est obligé, tous les ans, de mendier auprès de Bercy une rallonge budgétaire, ne serait-ce que parce que les droits audiovisuels (du sport, des films, des séries) augmentent sans
cesse sous la pression de la compétition entre chaînes. » (lepoint.fr)
Le projet de loi prévoit, en contrepartie de la suppression de la publicité sur les chaines publiques, de l'augmenter sur les chaines privées, puis de taxer les chaines privées pour financer le
service publique. Le cadeau fait au privé était de taille. Mais apparemment, ça ne suffisait pas encore aux amis de Sarkozy.
« Selon tous les calculs, le manque à gagner publicitaire s'élèverait à 450 millions d'euros pour France Télévisions. Une somme qui devrait être compensée "euro pour euro", selon M.
Sarkozy, par des taxes de 3 % sur les recettes publicitaires des chaînes privées (TF1 et M6) et de 0,9 % sur les opérateurs de télécommunications. Or, avant même l'ouverture du débat, prévu
jusqu'au 4 décembre, à l'Assemblée, les députés de la majorité ont adopté, mercredi 19 novembre, en commission spéciale, deux amendements qui diminuent de moitié ces nouvelles taxes. »
(lemonde.fr)
Les taxes sont déjà revues à la baisse, mais le futur budget de France Télévision ne change pas. Christine Albanel, la ministre de l'économie qui a pourtant autre chose à faire en ce moment, a
promis que l'état serait derrière les chaines publiques et qu'elles seront financées comme il se doit. L'état, autrement dit, les contribuables.
« Puisque l'État s'est montré déraisonnable, le privé va payer pour le public. Et au bout du compte, le consommateur paiera ce que l'on n'a pas osé demander au contribuable. C'est la
même bourse, mais la facture arrivera plus tard avec celle du téléphone et de l'Internet haut débit. Nicolas Sarkozy n'a pas écouté son ami Martin Bouygues, pourtant doté d'un solide bon sens :
au secteur privé, la publicité, au service public, la redevance. » (lepoint.fr)
Il est évident, et ce depuis des mois, que les taxes sur le privé seront répercutées sur les consommateurs. Le privé payant pour le publique n'est qu'une illusion, un mauvais tour de
prestidigitation dont on voit toutes les ficelles. Quant à Bouygues, disons surtout que s'approprier une part encore plus avantageuse de la publicité n'est pas pour lui déplaire, et qu'éliminer
la concurrence sur l'offre des annonces. Etant donné que la seule redevance sans publicité crée un trou de 450 millions dans le budget de France Télévision, on a vu du bon sens beaucoup plus
solide.
Mais on préfère écouter les amis lobbyistes du président que d'autres personnes pourtant totalement à leur place dans ce débat :
« D'anciens membres de la commission Copé (Hervé Chabalier, Catherine Clément, Marin Karmitz, Nicolas Traube...), chargée pendant des mois de réfléchir sur l'avenir de la télévision
publique, estiment "ressentir un sentiment de trahison" et redoutent "un audiovisuel fragilisé avec une structure bancale et un financement aléatoire". » (lemonde.fr)
Même les rédacteurs de la loi commencent à la redouter. Gageons que ça ne gênera aucunement ceux qui obéissent aveuglement et sans chercher à comprendre les ordres du gouvernement.
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