Dans l'art de dire n'importe quoi pour esquiver les vraies questions, nos hommes politiques sont plutôt forts. Mais cela ne revient pas forcément à mentir, plutôt à entretenir un doute. Il est des manières de débiter vraiment des mensonges qui font froid dans le dos.
Prenez l'exemple du mensonge-vérité. C'est une véritable spécialité, actuellement, de l'administration Bush aux États-unis. Ce procédé consiste à répéter inlassablement les mêmes mensonges jusqu'à ce qu'une partie raisonnable de l'opinion publique les accepte comme vérités. En ce moment, de trop nombreux étasuniens ont la certitude que L'Irak possède des armes de destructions massives (qui n'ont toujours pas été retrouvées, au passage), que l'intervention des USA vise à apporter la liberté aux irakiens et non pas à faire main basse sur les réserves pétrolières, et même que Al-quaida était implantée en Irak avant l'arrivée de la coalition. De ce côté de l'atlantique, ce raisonnement paraît majoritairement risible (là-bas aussi en fait mais curieusement on entend assez peu les vrais opposants à la guerre en Irak). Pourtant tourner ostensiblement les yeux vers les États-unis nous détourne trop de ce qui se passe en France, juste sous notre nez.
Prenons le bilan ultra-médiatisé sur la délinquance de Sarkozy. Avez-vous vraiment pensé que la délinquance avait baissé en France ? Il faut reconnaître qu'il était bien présenté grâce à des chiffres « incontestables » quoi que peu fouillés. Avant même d'entrer dans le détail des pourcentages, le bilan n'est déjà pas si reluisant. Les vols ont certes baissé mais les violences ont quant à elles augmenté. Le résultat c'est que vous risquez plus de vous faire violemment agresser mais qu'au moins, vous aurez dans le même temps l'esprit tranquille, pour votre voiture, votre maison ou votre magasin. Sauf si évidemment vous avez les clés de l'un d'entre eux sur vous et qu'on vous les vole durant cette même agression.
La baisse annoncée n'est donc déjà pas des plus rassurantes. Mais si on se penche un peu sur les détails, c'est encore pire. Dans le Nouvel Observateur N°2201, Sébastian Roché (Directeur de recherche au CNRS et enseignant à Science_Po Grenoble) dresse le vrai bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur.
Cette approche des chiffres de l'Observatoire National de la Délinquance est des plus édifiantes. Roché constate à quel point l'action de Nicolas Sarkozy est inutile. En effet, la baisse des vols se répercute sur toute l'Europe. Ce n'est donc pas l'action d'un ministre ou d'un autre dans l'Union qui a pu amener à une telle baisse. L'explication est bien plus simple, la demande et la qualité des systèmes de sécurités ont beaucoup augmenté. D'où une baisse générale des vols dont les résultats des actions policières ne sont pas significatives.
Roché montre que par le jeu des statistiques, la baisse de la délinquance est en fait loin d'être miraculeuse. Autant le citer : « Nul besoin d'être un grand statisticien pour comprendre que si le « poste vol » - de loin le plus important – diminue, alors la délinquance décroît aussi. Mais cette baisse globale de 9% cache des hausses ». Les vols représentants environ les trois quart des faits de délinquance, s'ils diminuent, ils influencent plus fortement le résultat global de la délinquance que les hausses d'autres secteur. Une sorte de trompe l'oeil en somme. Bien sûr, la baisse des vols n'en ait pas moins négligeable mais il est faux de prétendre qu'elle ait due à l'action du ministre.
On en revient aussi au fameux scandale à propos des crimes et délits qui ne sont pas répertoriés dans les statistiques nationales pour diverses raisons mais en particulier par le refus des policiers de les considérer en tant que tels. Les fameuses primes au mérite, les quotas à respecter et l'obligation de faire du chiffre « bénéfique » en sont arrivés à des effets pervers. Appliquant les lois statistiques, la police a depuis longtemps compris qu'éradiquer les mauvaises affaires des chiffres officiels était plus simple que de chercher à les résoudre pour avoir l'air d'obtenir des résultats. Ce genre d'affaires (dans les environs de 500 000) passent donc de plus en plus souvent sur les « mains courantes » qui ne sont censées répertorier que des problèmes mineurs comme les problèmes de voisinage.
L'un des mérites de Sarkozy était d'avoir donner un nouvel élan aux forces de l'ordre grâce à ses discours et à sa présence. Mais Roché (et un autre article dans le même numéro) nous apprend que l'idylle entre la police et son ministre sont bel et bien terminée. D'abord par les difficultés rencontrées sur le terrain. Les GIR (regroupement coordonnant les actions de la police, des gendarmes et des pompiers) l'avouent eux-mêmes, depuis que Sarkozy a mis fin à la police de proximité, ils ont énormément de mal à obtenir des informations sur les terrains et leurs plus gros coups d'éclats se passent en dehors des Zones Urbaines Sensibles. Malgré ses promesses, le ministre de l'intérieur n'a, pas plus que ses prédécesseurs, réussi à rétablir l'ordre dans les cités. Les CRS détachés sur les quartiers sensibles restent à la périphérie et n'entrent quasiment jamais dans les zones à problèmes.
Les forces de l'ordre commencent également à en avoir assez de la politique anti-immigration de Sarkozy. Contrôler et renvoyer des clandestins occupe un temps précieux qui pourrait être utiliser à meilleur escient selon les forces de l'ordre eux-mêmes. Un membre des renseignements généraux réquisitionné pour effectuer des contrôles dans le quartier de Stalingrad à Paris le dit ouvertement : « On préférerait enquêter sur des ateliers clandestins. Mais, deux fois par semaines, on est réquisitionnés pour rafler de l'immigré en situation irrégulière. Les ordres, c'est faire du chiffre ! ». Même type de constat par un officier de la Police de l'Air et des Frontières : « Si notre centre de rétention est déjà plein, on doit alors trouver des places libres ailleurs. Et, croyez-moi, les gars commencent à être fatigués d'avaler les kilomètres juste pour convoyer un pauvre maçon sénégalais parfois à l'autre bout de la France ». Même parmi les syndicats de droite, Sarkozy est décrié. « Aujourd'hui, on le sent surtout préoccupé par son statut de candidat » déclare Bruno Beschizza, responsable du syndicat Synergie. De fait, lors des dernières élections syndicales, on s'en souvient, les syndicats de gauche l'ont emporté.
Le bilan présenté par Nicolas Sarkozy est donc bien loin de la situation qu'il en a décrit. Et pourtant ses plus proches partisans et lui ne cessent d'ânonner en choeur que l'action du ministère de l'intérieur a porté ses fruits. Alors comme ça il y a des armes de destruction massive en Irak ?
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